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Petit manuel de pragmatisme spéculatif : fonctionnement (partie 2/6)

Dans la première partie de ce manuel improvisé, j’ai exposé la définition du pragmatisme spéculatif et le glossaire qui s’y rattache. Mais quid de son fonctionnement ? Comment « faire importer » les existences des « êtres autres qui comptent » (significant other), comme les nomme Donna Haraway (2018) ?

Pour dépasser la simple perspective — qu’on accuserait volontiers de déguiser une nouvelle forme de relativisme — je me propose de rapporter le pragmatisme spéculatif à trois exigences : une exigence d’extériorité, une exigence de continuité et une exigence de responsabilité.

Trois exigences pour éviter le relativisme et trouver de la satisfaction

Dans leur article « Façonner l’intimité de l’univers » (Au Risque des effets, 2023), Vinciane Despret, Alice Mortiaux et Nicolas Prignot se demandent pourquoi certaines descriptions du monde procurent plus de satisfaction que d’autres :

« … cette question est liée à celle que le pragmatisme nomme la vérification, c’est-à-dire le processus par lequel une idée peut devenir vraie si elle répond à l’exigence d’engendrer des conséquences pratiques satisfaisantes. Pour James, la satisfaction est directement liée à la dimension opératoire de l’idée. Permet-elle une action sur tel ou tel fragment d’expérience ? Mais cette précision ne suffit pas, puisque se posent alors ces questions : réduire, annexer, disqualifier ne sont-ils pas aussi des verbes d’action ? Qu’est-ce qui permet finalement de distinguer une action amincissante d’une action enrichissante ? Comment éviter d’en faire ‘‘seulement une question de perspective’’ ? »

Vinciane Despret, Alice Mortiaux et Nicolas Prignot, Au Risque des effets, 2023, page 198

Despret, Mortiaux et Prignot insistent sur la dimension engagée du pragmatisme spéculatif. Ici, il faut rappeler que la « satisfaction » ne désigne pas pour eux « une appréciation personnelle », mais plutôt le plaisir d’une correspondance entre nos idées et les réalités perçues. Dès lors, à partir des analyses du philosophe David Lapoujade (Fictions du pragmatisme, 2008), Despret, Mortiaux et Prignot rappellent que le pragmatisme implique une « double exigence », d’extériorité et de continuité (page 199) : l’exigence d’extériorité consiste à prendre en compte tous les faits, et l’exigence de continuité à s’assurer que nos théories puissent en rendre compte. Cependant, comme le montre leur essai, même si les idées sont « opératoires », et qu’elles ont des effets sur « tel ou tel fragment d’expérience », elles n’ont pas toutes la même valeur. Car il ne s’agit pas de rendre compte des objets du monde de manière aléatoire. Le pragmatisme n’implique pas d’étudier des objets, mais de répondre à l’appel des corps — ceux des Autres qu’humains — à se trouver décrits. Nous ne choisissons pas au hasard le « fragment d’expérience » que nous souhaitons transformer, puisqu’il peut être plus ou moins visible. Et nous ne pouvons pas nous permettre d’agir sur ce fragment de n’importe quelle manière. En conséquence, il me semble que le pragmatisme devrait se définir suivant trois exigences, et non deux, puisqu’il impose de se montrer responsable vis-à-vis des « objets » qui réclament d’être étudiés. Être responsable a ici deux sens. Notre capacité à répondre — Haraway parle de « response-ability » comme d’une capacité ou habileté à répondre — c’est répondre de nos actes, assumer qu’ils ne sont pas neutres, mais aussi, et simultanément, répondre à l’appel des êtres autres qui comptent, ces êtres qui nous obligent, nécessitent qu’on les fasse importer.

Une exigence d’extériorité

Comme le rappellent Despret, Mortiaux et Prignot, le pragmatisme refuse, suivant l’expression de James, « l’amputation du fait » (page 199). Dans « L’insistance des possibles » (2016), Didier Debaise et Isabelle Stengers rappellent que ce point est compatible avec l’affirmation de Whitehead : « la philosophie ne peut rien exclure » (page 82). Mais il ne s’agit pas d’inclure tout et n’importe quoi, ni de multiplier les cas particuliers — ce qui présupposerait que ces cas ont des existences isolées.

« Est-ce que cela signifie que la pensée spéculative est vouée à une sorte de recueil neutre de la multiplicité des modes d’existence qui composent nos expériences ? (…) Mais la position de Whitehead, affirmant qu’il ne faut rien exclure, n’affirme pas pour autant qu’il faille tout prendre en compte : elle affirme qu’il faut refuser le droit de disqualifier. (…) Cette position inscrit la pensée spéculative de Whitehead dans le prolongement de ce que William James a appelé l’ ‘‘empirisme radical’’ (…) : ‘‘pour être radical, un empirisme ne doit admettre dans ses constructions aucun élément dont on ne fait pas directement l’expérience, et n’en exclure aucun élément dont on fait directement l’expérience’’. Les deux parties de la proposition forment une double contrainte cruciale. Tout d’abord, ne rien exclure, prendre en compte la multiplicité des dimensions qui composent une expérience hic et nunc, n’en rien soustraire a priori, quelles que soient les disqualifications dont elle puisse être l’objet. Ensuite, ne pas admettre de principe de jugement hors situation, qui domestiquerait cette multiplicité en termes de catégories ou d’exigences qui lui sont étrangères. Toute pensée est de ce point de vue absolument située, engagée dans la situation dont elle émerge et qui lui donne sens. Il s’agit, pourrait-on dire avec Deleuze, de penser par le milieu, avec tout ce qu’une expérience implique, plie en elle-même, et sans principe de tri critique qui viendrait la purifier, l’isoler, en faire un ‘‘cas’’ auto-suffisant. Rien de ce qui est réel n’est auto-suffisant. Le fait isolé n’existe pas (…). »

Didier Debaise et Isabelle Stengers, « L’insistance des possibles », Multitudes, 2016, page 84

Cette position est illustrée par les travaux de James sur les approches thérapeutiques non-conventionnelles. Dans « L’attachement de William James à l’âme des sciences » (Au Risque des effets, 2023), l’historienne Katrin Solhdju rappelle que le philosophe, titulaire d’un diplôme de médecine à l’Université Harvard, refuse à l’époque de se désintéresser des médecines non-conventionnelles au prétexte qu’elles perpétueraient une forme de charlatanisme. Selon James, non seulement « les expérimentations des praticiens du soin spirituel (mind curers) doivent au moins être tolérées » pour les effets bénéfiques qu’elles peuvent avoir sur les patients (page 80), mais encore un simple rejet de ces pratiques ne ferait que renforcer les oppositions à la médecine traditionnelle. L’opposition campe des positions et empêche le dialogue au nom d’une hiérarchisation tyrannique des pratiques. Ce faisant, elle renforce une fracture qui peut se révéler dangereuse pour les cas où des patients refuseraient des soins efficaces parce que ceux qu’ils affectionnent ont été dévalorisés. Comme le résume Solhdju, sur le plan scientifique, il convient de ne pas exclure ce qu’on ne s’explique pas encore à la lumière des faits et lois naturelles connus. Sur le plan social, d’autre part, il s’agit d’accorder un intérêt renouvelé à « des expériences et des pratiques qui ont eu et ont encore une grande importance pour la plupart des humains » (page 95). C’est pourquoi James ne rejette pas les pratiques non-conventionnelles malgré ses réticences.

« Mes préférences ici sont impuissantes à produire ou à modifier les choses et ne pourraient qu’obscurcir mon jugement. Je dois résolument leur imposer le silence. Mais il est une classe de faits dont la matière n’est point ainsi constituée ou fixée d’avance – des faits qui ne sont pas donnés. »

William James, « Quelques considérations sur la méthode subjective », 1878 — cité par Katrin Solhdju dans Au Risque des effets, Les Liens qui Libèrent, 2023, page 97

Une exigence de continuité

La seconde exigence du pragmatisme spéculatif vise la continuité entre les théories et leurs effets. Pour reprendre l’exemple développé par Solhdju au sujet des recherches de James, une disqualification des pratiques des médiums au nom de la rationalité ne donnerait aucune légitimité au discours scientifique, puisque ces pratiques ne sont pas traitées sur un mode rationnel. Solhdju rappelle que James s’est penché sur les phénomènes dits « mystiques » en retravaillant le régime de la preuve à l’échelle des pratiques concernées. Cela impliquait de les prendre au sérieux, alors que James lui-même n’était pas « un spirite convaincu d’avance » (page 102). L’exigence de continuité est donc une exigence méthodologique. Prendre en compte les effets des pratiques nous impose de réviser nos théories à l’aune de ces effets, plutôt que de réduire les possibles de ces effets pour qu’ils s’appliquent aux théories existantes — cette dernière posture révélant d’ailleurs plus passionnelle que rationnelle…

William James (1842-1910) assis avec Mme Walden lors d’une séance de spiritisme — Sans date, antérieur à 1910

« Il faut que les deux systèmes, celui des idées et celui des réalités perçues, se superposent intégralement pour que l’on puisse dire que l’un est vrai de l’autre (…). »

David Lapoujade, Fictions du pragmatisme, Minuit, 2008, page 150 — cité par Vinciane Despret, Alice Mortiaux et Nicolas Prignot dans Au Risque des effets, Les Liens qui Libèrent, 2023, page 199

Despret, Mortiaux, et Prignot expliquent qu’en retravaillant nos théories, nous construisons « un territoire » (page 199) tissé de relations entre les êtres, traversé constamment de nouvelles extériorités. Ce faisant, les conclusions téléologiques ou fixistes, autrement dit le déterminisme et l’universalisme, ne trouvent pas leur place dans ce territoire. Le pragmatisme nous conduit à « des pratiques de construction plus exigeantes » (page 200).

Une exigence de responsabilité

Prendre le risque des effets de nos théories soulève une exigence de responsabilité. En pratiquant la recherche, nous voilà responsables, car nous ne serons jamais innocents face aux observations, à leur énonciation ni aux effets de cette énonciation.

« Ce qui signifie que la morale implique ce que Donna Haraway appelle ‘‘respons-abilité’’ (response-ability), capacité à répondre d’une action ou d’une idée devant ceux pour qui elles auront des conséquences. Et l’idée immorale par excellence est alors celle qui se prétend innocente, ne détruisant rien d’autre que des illusions. La morale, au sens de Whitehead, demande ainsi de s’exposer aux conséquences. Quelles que soient les raisons qui la justifient, aucune idée n’est innocente. Ce qui ne signifie pas qu’elle soit coupable : c’est le sens de la non-innocence qui est le premier et le dernier mot de toute morale. »

Didier Debaise et Isabelle Stengers, « L’insistance des possibles », Multitudes, 2016, page 86

Toutefois, comme le rappellent Debaise et Stengers dans « Résister à la peur d’être dupe » (Au Risque des effets, 2023), le pragmatisme spéculatif implique plus qu’une simple résistance politique. Un tel jeu d’oppositions confronte des éléments qui ne se valent pas nécessairement. Implicitement, il les rapporte à une dimension générale, à une forme de commun qui les lisse, tout en supposant que les éléments opposés se font face avec la même importance. Rappelons-le, pragmatisme ne rime pas avec relativisme. Opposer, par exemple, les pratiques reproductives et non reproductives, c’est laisser croire qu’elles concernent toujours des individus différents, ou qu’elles sont parfaitement distinctes. C’est aussi laisser croire qu’elles auraient des valeurs identiques à nos yeux, niant au passage qu’il est socialement difficile de défendre une sexualité non-reproductive. L’opposition refuse une meilleure prise en compte des singularités :

« Il ne s’agit pas seulement de résister, de refuser de laisser réduire ce à quoi nous tenons, et qui nous tient, à un rapport illusoire dissimulant la triste vérité d’un univers où tout se vaut. Il faut aussi apprendre à entendre ce qui sollicite une prise d’existence, une création de manières nouvelles de faire importer – de donner sens et valeur – et d’entrer en relation. »

Didier Debaise et Isabelle Stengers, Au Risque des effets, 2023, page 24

L’affrontement est mortifère parce qu’il fait persister des ruptures, et parce qu’il maintient des importances au détriment de nouvelles relations à construire. C’est pourquoi retravailler les récits de la sexualité végétale ne peut borner l’analyse à une déconstruction, en ce qui concerne le genre, ni à une critique du système capitaliste et néolibéral, en ce qui concerne l’écologie. L’écologie importera à l’intérieur de nouvelles relations vécues dans notre intimité la plus profonde. Des relations qui ne sauront ignorer l’histoire. Le pragmatisme spéculatif relève bien d’un engagement politique, mais dans le but de faire commun, d’inclure des êtres, savoirs et approches à la marge. Il ne s’agit pas seulement de l’engagement d’un individu dans la recherche, il s’agit de la tentative d’une expérience partagée et partageable.

D’une pensée rationnelle sur le réel, à une pensée rationnelle avec les réels

En conséquence des communs qu’il tente de construire (les territoires), le pragmatismes se penche sur les savoirs et méthodes à la marge, et rejette l’anthropocentrisme. Ces deux conséquences relèvent d’un objectif relatif aux trois exigences que j’ai décrites : faire importer des voix marginales implique de garder à l’esprit les normes qui les étouffent.

« Aucune spéculation ne peut faire l’impasse sur le caractère discordant de sensibilités travaillées par des siècles de violence et d’extraction. La maxime jamesienne ‘‘Rien que l’expérience, toute l’expérience’’ prend donc un sens particulier : sans cela, c’est l’insulte, le mépris, voire la guerre. »

David Jamar et Martin Vander Elst, Au Risque des effets, 2023, page 327

Les violences faites aux humains (impérialisme, hétéronormativité…) et leurs conséquences sur la construction des savoirs dominants ne peuvent être ignorées, ni davantage l’approche extractiviste qui a conduit les sciences modernes à traiter les Autres qu’humains comme de simples objets, des ressources potentielles. Pour autant, croire que la spéculation consiste à ouvrir les possibles une fois les faits d’une réalité unique établie est une méprise. Comme le rappelle Benedikte Zitouni dans « ‘‘Qui aura le dernier mot’’ » (Au Risque des effets, 2023), la création des possibles n’est pas qu’affaire de volonté, elle impose notre réceptivité aux histoires toujours actives dans un présent épais. Rappelons que pour les pragmatiques, le temps est spiralaire, et non pas linéaire : passé et futur sont perpétuellement dynamiques, ils se superposent à l’intérieur d’un feuilletage temporel qui constitue notre présent.

Ainsi, aucun privilège ne revient aux histoires des humains au sein du pragmatisme. L’opposition kantienne entre sujet (connaissant) et objet (connaissable) n’a plus prise dans la construction de savoirs situés. Les savoirs situés se rapportent à la fois à leurs contextes (historique, géographique…) et aux affects des êtres qui les produisent (ceux perçus lors de la recherche). L’histoire de la chercheuse ou du chercheur (sa réflexivité) ne suffit donc pas. Les exigences du pragmatisme ne relèvent pas de projections abstraites sur « la » réalité, elles relèvent d’une rationalité retravaillée à partir de réalités plurielles, qui nous excèdent.

« Qu’est-ce que le rationalisme ? Selon James, une pensée est rationnelle lorsque dans son élaboration : (1) les impressions sensorielles sont prises en compte sans qu’aucune d’entre elles ne soit a priori et par principe écartée ; (2) les conceptions théoriques censées mettre en forme ces impressions sont logiques et intellectuellement convaincantes ; (3) les forces actives, c’est-à-dire l’envie d’avoir prise et d’agir sur ce qui importe dans la vie, s’en trouvent nourries. »

Benedikte Zitouni, Au Risque des effets, 2023, page 348-349

Sources

DEBAISE, Didier & STENGERS, Isabelle, « L’insistance des possibles, Pour un pragmatisme spéculatif » [en ligne], Multitudes, n° 65, 2016, p. 82-89. URL : https://www.cairn.info/revue-multitudes-2016-4-page-82.htm.

DEBAISE, Didier & STENGERS, Isabelle, « Résister à la peur d’être dupe, Consentir à l’épreuve de l’épaississement » in Didier Debaise et Isabelle Stengers (dirs.), Au Risque des effets, Une lutte à main armée contre la Raison ?, Paris, Les Liens qui libèrent, 2023, p. 13-45.

DESPRET, Vinciane, MORTIAUX, Alice & PRIGNOT, Nicolas « Façonner l’intimité de l’univers, Pratiques de l’analogie dans des mondes plus qu’humains » in Didier Debaise et Isabelle Stengers (dirs.), Au Risque des effets, Une lutte à main armée contre la Raison ?, Paris, Les Liens qui libèrent, 2023, p. 151-200.

HARAWAY, Donna, Manifeste des espèces compagnes, Chiens, humains et autres partenaires, Paris, Flammarion, 2018 (2010) (The Companion Species Manifesto: Dogs, People and Signifcant Otherness, Chicago, Prickly Paradigm Press, 2003, traduit de l’anglais par Jérôme Hansen).

JAMAR, David & VANDER ELST, Martin, « Actualités des crimes coloniaux, Ethnographie pragmatique d’une plainte par son milieu », in Didier Debaise et Isabelle Stengers (dirs.), Au Risque des effets, Une lutte à main armée contre la Raison ?, Paris, Les Liens qui libèrent, 2023, p. 293-328.

SOLHDJU Katrin, « L’attachement de William James à l’âme des siences, Pour un autre ‘‘sens dramatique des probabilités de la nature’’ » in Didier Debaise et Isabelle Stengers (dirs.), Au Risque des effets, Une lutte à main armée contre la Raison ?, Paris, Les Liens qui libèrent, 2023, p. 75-112.

ZITOUNI, Benedikte, « ‘‘Qui aura le dernier mot ?’’, de l’importance de la foi religieuse et de la confiance dans le présent », in Didier Debaise et Isabelle Stengers (dirs.), Au Risque des effets, Une lutte à main armée contre la Raison ?, Paris, Les Liens qui libèrent, 2023, p. 329-360.

Crédits

« William James (1842-1910) sitting with Mrs. Walden in Séance. Undated but before 1910. Photographed by ‘‘Miss Carter’’. Cropped to remove some of the damage in original photo. » MS Am 1092 (1185), Houghton Library, Harvard University. Public domain, via Wikimedia Commons. URL : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fc/Houghton_MS_Am_1092_%281185%29_-_William_James.jpg.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
David Rioton (18 janvier 2024). Petit manuel de pragmatisme spéculatif : fonctionnement (partie 2/6). Sexe, plantes, récits. Consulté le 11 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/137cu


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