Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Petit manuel de pragmatisme spéculatif : empirisme, objectivité et savoirs situés (partie 3/6)

Le pragmatisme spéculatif est une philosophie des effets qui ouvre les possibles. Mais les possibles ne désignent pas des effets virtuels. Le pragmatisme se fonde sur l’empirisme de James, rappelons-le, c’est donc une forme de matérialisme. Certes, dans cette approche, la science est comprise à travers un ensemble de récits, et elle désigne la production de fictions qui lui sont spécifiques. Et en soutenant un tel propos, j’ai souvent été accusé de partir à la chasse aux contes de fées, mais les “fées”, dans ce propos, font référence aux “abstractions”.

Au final, deux formes d’incompréhension résident par rapport aux écrits pragmatiques : l’idée qu’ils s’attachent à des projections abstraites sur les objets du monde, et l’idée que la spéculation ne conduise pas à des effets concrets dans la recherche. Le pragmatisme spéculatif ouvrirait des possibles purement théoriques, quitte à formuler des propositions imaginaires qui ne disent rien du réel. Ces incompréhensions résident pour une part dans l’importance accordée aux discours, au sein du pragmatisme. Cependant, le pragmatisme est avant tout une expérimentation.

Un nouvel empirisme : les effet sur la matière importent plus que la nature des causes

Le pragmatisme n’est pas purement théorique, puisque sa cible n’est pas l’abstraction et, encore moins, la généralisation. La complexification des relations qu’il appelle conduit parfois à la conclusion que — pour le poser grossièrement — « tout étant relié à tout, alors tout est dans tout ». Si c’était le cas, tout serait équivalent à tout, autrement dit à rien, et alors plus rien n’aurait d’importance. Une telle conclusion réitère l’adage selon lequel « si tout se vaut, rien ne se vaut ». Or, le pragmatisme vise justement à donner de l’importance à certains possibles — des possibles déjà là, marginalisés par les discours hégémoniques. Il refuse en conséquence l’ambition totalisante d’« un univers où tout se vaut » et soutient une méthodologie qui multiplie les singularités. Le mythe du « cas particulier » y est aboli.

« Nous reprenons littéralement la proposition de Deleuze et Guattari selon laquelle ‘‘la politique n’est pas une science apodictique. Elle procède par expérimentation, tâtonnement, injection, retrait, avancées, reculades’’. Il ne s’agit pas d’opposer le situé au général, le local au global, mais d’installer à l’intérieur des processus d’individuation, dont les fabrications dépendent toujours d’agencements collectifs dans lesquels ils sont pris. »

Didier Debaise, « ‘‘Expérimentez, n’interprétez jamais’’ », Multitudes, 2005, page 98

Ici, Didier Debaise refuse de borner le projet pragmatique à « une pensée politique qui s’organiserait à partir de concepts massifs dont la fonction serait d’autoriser une position d’interprétation en surplomb par rapport aux situations politiques » (page 98). La visée générale n’est pas fausse, rappelle-t-il, mais ce n’est pas l’objectif. Ainsi, le pragmatisme ne vise pas des récits abstraits généraux, mais plutôt des expérimentations. Et, d’autre part, il n’abolit pas la volonté de former des collectifs, mais tente d’y inclure des singularités hétérogènes, une variété d’expériences individuelles. Multiplier les singularités n’est pas multiplier les cas particuliers. Implicitement, la notion de « cas particulier » induit celle de « généralité », et l’opposition entre particulier et général. À l’inverse, le pragmatisme consiste à retravailler ce qui fait commun, de façon à inclure des singularités hétérogènes. James n’était pas un individualiste. Respecter les individualités et les multiplier avait une visée collective. Il s’agira toujours de « faire commun ».

« Bas-les-pattes : ni la totalité de la vérité ni la totalité du bien ne sont révélées à un seul observateur, bien que chacun d’entre eux bénéficie d’une supériorité partielle de compréhension grâce à la position particulière dans laquelle il se trouve. »

William James, « On a Certain Blindness in Humans Beings » [D’un certain aveuglement chez les êtres humains], 1907 — traduit par Didier Debaise et cité par Martin Savransky dans : Au Risque des effets, 2023, page 63

James rejette toute pensée totalisante ou tout accès direct à « la » Vérité. Cependant, il reconnaît que chacun, par sa singularité, peut favoriser l’accès à davantage de vérités. Épaissir nos relations ne passe pas par la désincarnation des savoirs — ni, d’ailleurs, par un universalisme impérialiste qui valide l’ambition coloniale. Dans « Résister à la peur d’être dupe » (Au Risque des effets, 2023), Didier Debaise et Isabelle Stengers s’opposent à l’idéal scientifique de données parfaitement commensurables, c’est-à-dire partageables à toutes les échelles, universelles. Les questions pragmatiques portent sur les effets d’une existence, et ces effets sont l’indice d’une dépendance par rapport à cette existence : elle nous oblige, réclame qu’on lui accorde de l’importance. Par suite, les questions pragmatiques refusent de mettre entre parenthèse l’échelle et le contexte où se déroulent les phénomènes observés.

Toutefois, une nuance s’impose. Ces questions impliquent également de ne pas restreindre les Autres qu’humains à ce qui « existe vraiment » (page 39). Puisque l’existence se fonde sur ses effets, expliquent Debaise et Stengers, elle se fonde dans le même temps sur les êtres que cette existence oblige. Dès lors, si nous n’étudions pas la licorne, rappellent-ils, ce n’est pas parce qu’elle n’existe pas, mais parce qu’elle ne nous oblige pas :

« La licorne est une abstraction marquée par l’arbitraire, détachée d’un monde où elle ferait effectivement sens. Pour qui son existence importe-t-elle effectivement ? Qui sait comment s’adresser à elle ? Quel peuple l’honore et sait entretenir avec elle la relation à laquelle elle oblige ? »

Didier Debaise et Isabelle Stengers, « Résister à la peur d’être dupe », Au Risque des effets, 2023, page 40

Se demander pour qui importe la licorne et quelles communautés d’humains elle oblige sont des questions liminaires essentielles pour décider si la licorne a sa place dans une étude pragmatique — ce qui n’impose nullement de l’en exclure. Nous n’étudions pas nos inventions psychiques, mais les effets concrets de relations entre des êtres hétérogènes. Ces relations peuvent, ou non, relever d’inventions psychiques. Là n’est pas l’essentiel. En attendant, affirmer que les effets sur la matière importent, c’est d’abord se préoccuper de la matière.

En résumé, le pragmatisme spéculatif vise des expériences singulières, qui se rapportent à des contextes spécifiques, et non des théories générales (1). Il s’attache aux effets matériels de ces expériences (2), que l’origine de ces effets soit elle-même matérielle ou non (3). Mais il discrimine également ces expériences (4) : toutes ne se valent pas, car il s’agit de cultiver notre attention « à ce qui bloque, empêche ou limite une construction collective des situations » (Didier Debaise, 2005, page 98). L’objectif politique du pragmatisme est donc de faire commun, d’entrer en relation, en respectant et en incluant les singularités (5).

En principe, à ce stade de mon exposé, la question qui advient est la suivante : quid, dans ce système, de l’objectivité ? Comment construire des savoirs partageables ?

Pragmatisme spéculatif et « savoirs situés » : une nouvelle réflexivité dans la recherche

Le pragmatisme se réalise dans la construction de savoirs dits « situés ». En bref, les savoirs situés sont la manifestation concrète du projet pragmatique. La spéculation n’institue pas de renoncer aux sciences pour leur préférer des abstractions : elle consiste à produire des savoirs d’une manière nouvelle. Les savoirs sont situés par rapport aux individus qui les formulent, mais également par rapport aux « objets » de leurs recherches, aux contextes où se trouvent ces objets, et aux contextes des recherches elles-mêmes. Plus encore, ces savoirs situent également les méthodes employées dans ces recherches, les techniques pour observer, apprendre à observer ou analyser les observations, et celles pour les transmettre.

Pour comprendre ce qu’il en est de l’objectivité au sein d’une approche pragmatique, il me semble important de revenir sur la redéfinition de l’objectivité à l’aune des épistémologies du point de vue. Je me propose ici de revenir sur ce que sont les épistémologies du point de vue, avant de rappeler la définition de l’objectivité à laquelle elles ont conduit, et les implications de cette définition pour les savoirs situés.

Des épistémologies du point de vue à l’objectivité forte de Sandra Harding

Les « épistémologies du point de vue » ont été initiées par les travaux de la philosophe Nancy Hartsock et par ceux de la sociologue Patricia Hill Collins. La thèse de la première articule expérience et point de vue, afin de dénoncer la division sexuelle du travail.

« En 1983, elle emprunte à Marx l’idée que l’expérience vécue et matérielle façonne un point de vue épistémologique spécifique sur le monde et les relations sociales. »

Éléonore Lépinard et Marylène Lieber, Les théories en études de genre, 2020, page 25

Selon Hartsock, l’expérience vécue actualise des relations de domination (capitalistes et patriarcales). Le projet de la philosophe est de faire émerger « un point de vue féministe commun à toutes les femmes dans les sociétés capitalistes occidentales » (page 26). Patricia Hill Collins, quant à elle, propose une épistémologie fondée sur le point de vue des femmes marginalisées par le racisme systémique. L’épistémologie qu’elle défend reflète un ensemble de points de vue variés plutôt qu’une conscience commune partagée. Ces épistémologies du point de vue, construites à partir du féminisme matérialiste (Hartsock) et de l’afro-féminisme (Collins), se sont donc penchées sur la production d’un savoir sur le monde par les groupes opprimés. Mais les sociologues Éléonore Lépinard et Marylène Lieber rappellent que ces thèses sont aussi un défi adressé à l’épistémologie traditionnelle :

« Les épistémologies du point de vue n’impliquent pas seulement l’existence d’un lien entre expérience sociale et conscience de soi et du monde, elles supposent également que tout savoir est situé. Alors que l’épistémologie des sciences héritées des Lumières présuppose la possibilité d’un savoir objectif, énoncé par un observateur impartial, détaché de la réalité du monde, les épistémologies du point de vue affirment qu’un tel observateur n’existe pas, car le sujet qui produit la connaissance est immergé dans le monde social. (…) Le savoir qu’il produit, que ce soit en sciences sociales ou en biologie, est toujours situé socialement. »

Éléonore Lépinard et Marylène Lieber, Les théories en études de genre, 2020, page 34

C’est sur cette base que la philosophe Sandra Harding défend qu’un point de vue situé est plus objectif. Cependant, pour Harding, les mouvements sociaux, tels que les mouvements féministes, ne suffisent pas à déloger les biais épistémologiques, car ils ne permettent pas de constituer « une épistémologie permettant plus d’objectivité scientifique » (page 34). Il convient alors de poser de nouvelles questions à partir de nouveaux points de vue :

« Selon Harding, partir de l’expérience vécue des personnes socialement marginalisées ou dominées (ce qui ne nécessite pas forcément d’être une de ces personnes) constitue certes une première condition, nécessaire mais non suffisante, afin de maximiser l’objectivité d’un savoir. En effet, c’est à partir de ces localisations sociales que certaines questions peuvent être posées. »

Éléonore Lépinard et Marylène Lieber, Les théories en études de genre, 2020, page 34

La « réflexivité forte » ou « objectivité forte » appelée par Harding se fonde sur un sujet collectif et hétérogène, qui rend compte de sa localisation sociale et d’une nature partagée avec l’objet étudié. Elle permet de « maximiser l’objectivité » — mais pas d’y accéder.

De l’objectivité forte de Sandra Harding à l’objectivité encorporée de Donna Haraway

Contrairement à Hartsock et Collins, qui s’intéressaient à l’effet de la production des savoirs sur la société, les travaux de la philosophe Donna Haraway englobent l’ensemble des sciences, naturelles et humaines. Haraway part de la métaphore de la vision et des appareils que celle-ci nécessite (yeux, lunettes, microscope…) pour démontrer que tout point de vue, de l’homme, de l’animal ou de la machine, est médié. La vision est incarnée, c’est-à-dire produite par un corps et située dans un contexte spécifique (historique, géographique, sociétal…). Mais elle est aussi aidée de techniques de visualisation. Situer sa vision a donc pour but de se responsabiliser vis-à-vis du savoir produit.

« La vision peut présenter un intérêt pour échapper aux oppositions binaires. Je voudrais insister sur la nature encorporée de toute vision, et ainsi reconquérir le système sensoriel qui a servi à signifier un saut hors du corps marqué vers un regard dominateur émanant de nulle part. C’est le regard qui inscrit mythiquement tous les corps marqués, qui permet à la catégorie non marquée de revendiquer le pouvoir de voir sans être vue, de représenter en échappant à la représentation. »

Donna Haraway, « Savoirs situés », 1988 — traduit par Denis Petit et Nathalie Magnan, publié dans : Manifeste cyborg et autres essais, 2007, page 115

Donna Haraway part des travaux de Harding pour redéfinir l’objectivité. Elle rejette une position purement constructiviste postulée par certains courants féministes, selon laquelle les discours, historiquement situés, sont l’unique origine des savoirs. Le risque de cette position, explique-t-elle, est de défendre une esthétique de la découverte qui postule l’objectivité parfaite et une position neutre dans la recherche.

« Les féministes doivent insister sur une meilleure prise en compte du monde ; il ne suffit pas de montrer la contingence historique radicale et les modes de construction de toute chose. Car alors, nous, féministes, nous retrouvons associées de manière perverse au discours de nombreux scientifiques pratiquants, qui, en définitive, croient avant tout qu’ils décrivent et découvrent les choses dans leurs constructions et raisonnements. »

Donna Haraway, « Savoirs situés », 1988 — traduit par Denis Petit et Nathalie Magnan, publié dans : Manifeste cyborg et autres essais, 2007, page 112

La vision encorporée décrite par Haraway remet en cause la neutralité qui innocenterait les scientifiques de leur position de pouvoir. L’idée qu’il soit possible de voir « ce qui est là » est un mythe qui assure une « position non marquée » — une attitude pour le moins subjective. Les individus sont donc persuadés d’être « neutres » à cause de mythes encorporés. L’humain de sexe mâle, dont le genre correspond au sexe qui lui a été attribué, et dont la couleur de peau lui évite d’être racisé dans les sociétés dites « industrialisées et développées », est l’archétype de cette neutralité. Partant de cette absence de neutralité, Haraway réclame alors une objectivité encorporée :

« Je voudrais une doctrine d’objectivité encorporée qui accueille les projets féministes paradoxaux et critiques sur la science, objectivité féministe signifiant alors tout simplement ‘‘savoirs situés’’. »

Donna Haraway, « Savoirs situés », 1988 — traduit par Denis Petit et Nathalie Magnan, publié dans : Manifeste cyborg et autres essais, 2007, page 115

Cette objectivité fondée sur une réflexivité forte n’implique pas seulement de se situer par rapport à l’objet d’étude, mais aussi avec lui.

Une définition des savoirs situés : de l’identité au positionnement

La prétention à la neutralité rejetée par Haraway est alimentée par l’idée que nos yeux ont un accès direct au monde, sans médiation. La mise à distance de la subjectivité qu’implique le fait de voir, supposément, ce qui se présente tel quel à soi, instaure en fait l’aveuglement du sujet qui regarde. Ce dernier en vient à nier ses biais et ses intérêts. Les techniques développées ont d’ailleurs renforcé cette idée d’une vision non médiée, puisqu’elles apparaissent comme un moyen de nous en rapprocher avec plus de précision :

« Les instruments de visualisation dans la culture multinationale et postmoderne ont aggravé ces significations de désincarnation. »

Donna Haraway, « Savoirs situés », 1988 — traduit par Denis Petit et Nathalie Magnan, publié dans : Manifeste cyborg et autres essais, 2007, page 115

Les « technologies de visualisation » décrites pas Haraway n’impliquent pas seulement l’œil, mais aussi toutes les prothèses techniques (satellites, lunettes, microscopes…) ou idéologiques (théories, textes, récits…) qui viennent modeler notre manière de voir. Or ces médiations technologiques passent pour « totalement transparentes » (page 116). Haraway dénonce le « truc divin qui consiste à voir tout depuis nulle part » (page 116) et qui nous positionne à l’extérieur de la matière — dans l’abstraction. Pour remédier à une perspective totalitaire qui revendique de tout voir, ou au relativisme qui implique qu’on puisse voir de partout, Haraway propose une « perspective partielle » (page 116). La perspective partielle désigne une vision objective qui engage notre responsabilité à propos de ce qui est vu et de la manière de le regarder.

L’identité est prise en compte dans ce processus, mais on ne saurait le rapporter seulement à notre identité. Haraway rappelle à ce sujet que l’identité, y compris à soi-même, n’est pas innocente elle non plus.

« L’identité, y compris l’identité à soi-même, ne produit pas de science ; un positionnement critique le fait, l’objectivité. »

Donna Haraway, « Savoirs situés », 1988 — traduit par Denis Petit et Nathalie Magnan, publié dans : Manifeste cyborg et autres essais, 2007, page 122

Définir son identité n’apparaît pas comme un fondement suffisant à la production des savoirs. Ici, la philosophe bouscule la réflexivité des sciences sociales : cette dernière ne suffira pas. Plutôt que l’« identité », Haraway réclame un « positionnement », une localisation assumée et critique de nos perceptions. Il s’agit moins de dire qui je suis que d’assumer d’où je parle. On ne peut donc pas innocemment voir pour autrui ou regarder à la place de, notamment des êtres soumis à des formes de domination. « La vision est toujours une question du pouvoir de voir » (page 121), affirme Haraway, soit une position de pouvoir particulière qui nous situe contre, et qui marginalise des êtres et des perspectives. La vision n’est jamais passive. Il convient de rester critiques avec nos propres pratiques de domination, puisqu’aucune position n’exclut l’oppression ni les privilèges.

Au-delà d’une posture épistémologique, les savoirs situés témoignent donc d’un positionnement éthique et politique. Haraway le résume en trois points. Premièrement, les savoirs et sujets des savoirs sont pris dans la contingence de l’histoire. Deuxièmement, les savoirs situés exigent de reconnaître les technologies que nous employons pour les construire et les transmettre. Il nous faut assumer l’ensemble des processus de notre réflexion et de sa transmission, processus qui peuvent inclure des outils physiques comme psychologique – par exemple, des méthodes pour transcrire nos observations. Troisièmement, les savoirs situés manifestent un engagement pour la construction de « récits fidèles » (page 113), c’est-à-dire de savoirs qui se réfèrent le plus exactement possible à notre perception du monde. L’objectif est de les transmettre, même si ces récits et cette transmission seront toujours partiels et limités — ni universels ni neutres, jamais parfaitement objectifs. Les savoirs situés demeurent donc fondés sur l’amour de la production et de la transmission de la connaissance. S’ils manifestent la conscience des limites d’une telle production, il s’agira toujours de tendre le plus possible vers, sans garantie de la destination. Car, au sein des savoirs, les « objets » ont également « leur mot à dire ». Notre positionnement pour en rendre compte inclut la relation que nous entretenons avec eux, et la façon dont elle nous affecte.

« – Merci, mademoiselle… / – Haraway. Pas besoin de ‘‘mademoiselle’’ ni de ‘‘madame’’. »
Mamoru Oshii, Ghost in the Shell 2: Innocence, 2004

Sources

DEBAISE, Didier, « ‘‘Expérimentez, n’interprétez jamais’’ » [en ligne], Multitudes, n°23, 2005, p. 97-100. URL : https://www.cairn.info/revue-multitudes-2005-4-page-97.htm.

DEBAISE, Didier & STENGERS, Isabelle, « Résister à la peur d’être dupe, Consentir à l’épreuve de l’épaississement » in Didier Debaise et Isabelle Stengers (dirs.), Au Risque des effets, Une lutte à main armée contre la Raison ?, Paris, Les Liens qui libèrent, 2023, p. 13-45.

HARAWAY, Donna, « Savoirs situés : la question de la science dans le féminisme et le privilège de la perspective partielle », in Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan (dirs.), Manifeste cyborg et autres essais, Sciences – Fictions – Féminismes, Paris, Exils, 2007, p. 107-142 (« Situated Knowledges : The Science Question in Feminism as a Site of Discourse on the Privilege of Partial Perspective », Feminist Studies, 14.3, 1988, p. 575-599, traduit de l’anglais par Denis Petit et Nathalie Magnan).

LÉPINARD, Éléonore & LIEBER, Marylène, Les théories en études de genre, Paris, La Découverte, 2020.

SAVRANSKY, Martin, « Zones de divergence, Le pragmatisme et les murmurations de la terre », traduction de Didier Debaise, in Didier Debaise et Isabelle Stengers (dirs.), Au Risque des effets, Une lutte à main armée contre la Raison ?, Paris, Les Liens qui libèrent, 2023, p. 47-73.

Crédits

JAMES, William, « On a Certain Blindness in Human Beings » [en ligne], Monadnock Valley Press, 1899. URL : https://monadnock.net/james/blindness.html.

OSHII, Mamoru, Ghost in the Shell 2: Innocence, 2004 (extrait modifié). URL d’origine : https://youtu.be/sKlEmYqMX-E.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
David Rioton (22 janvier 2024). Petit manuel de pragmatisme spéculatif : empirisme, objectivité et savoirs situés (partie 3/6). Sexe, plantes, récits. Consulté le 11 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/137ct


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.